Ce matin, le bus se traîne sur les lacets de montagne, ses sièges sont inconfortables et son klaxon assourdissant. Quand les premières plantations de thé apparaissent, nous sommes soulagés. Mais voilà, nous ne sommes qu’à soixante kilomètres de Munnar ; il nous reste plus de deux heures de trajet... Patience.
Sur place, nous découvrons un havre de paix. D’abord par la grâce du site mais aussi parceque l’air y est plus respirable que dans la vallée. Sur des milliers d’hectares, les plants de thé recouvrent les montagnes harmonieusement comme un manteau neigeux fraîchement déposé. Chaque semaine, depuis plus d’un siècle, les arbustes sont effeuillés délicatement par les petites mains locales. Les gros bras se chargent d’acheminer la récolte vers l’usine de traitement perdue dans les montagnes. Tout ce petit monde travaille pour le groupe industriel « TATA« omniprésent en Inde.
Après différentes étapes de séchage, d’oxydation puis de déshydratation, les feuilles sont prêtes pour l’infusion. Ce nectar mélangé à du lait, finement épicé puis généreusement sucré, régale les indiens de l’aube au crépuscule. Le « chai », comme ils l’appellent, est préparé extemporanément par les marchands à chaque coin de rue du sous continent. Servi dans de petits verres, on le déguste debout dans la rue et souvent accompagné d’une cigarette vendue à l’unité.
Rapidement, la tasse de Chai du matin est devenue la boisson favorite de la colonie. Même les buveurs inconditionnels de café s’y sont laissés prendre…
C'est bien bon le Chai, mais le petit verre du soir, c’est pas mal non plus, surtout quand on est français et de surcroît en vacances. Alors pour assouvir ce besoin primaire, nous avons dû questionner les habitants, essuyer des refus, suivre de mauvaises pistes et sillonner la ville. Sur le point d’abandonner, nous avons trouvé une gargote assermentée qui distribue de la piquette en flasques. En quelques secondes, il a fallu nous faufiler dans la queue, faire notre choix comprimés entre les grilles et le comptoir puis payer avant de s’échapper.
Plus tard autour de notre « rhum/maaza », Martin nous racontait : « Quelle ne fut pas ma joie de retrouver mes chers globe-trotters après s’être dit « good bye » à San Francisco, il y a 9 mois. Mais voilà, les jours passant, je dois bien l’avouer, j‘ai crû remarquer chez eux un changement singulier. Alors que nos chers sexas gardent leurs habitudes et sont rarement contre un petit godet du soir, les backpackers mettent le ola. Point trop de « Indie beer » Kingfisher, il faut savoir être raisonnable. On se dit cependant que le retour à la réalité française permettra de résoudre cet épineux problème globe-troskiste. »
Rassurez-vous, quelques heures plus tard, alors que le petit dernier frissonnait dans son lit terrassé par une bronchite foudroyante, nous levions le coude à sa santé !
On the road again… et un petit dernier pour la route !


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