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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 04:57

       Notre premier contact avec la culture indigène Chilienne remonte à plus de trois ans lors de notre premier voyage en Amérique latine. C’est grâce au récit de voyage de nos amis Marie et Vincent que nous avions eu connaissance de l’existence d’une minorité qui perpétuait les souvenirs et la culture de leurs ancêtres. Marie préparait alors sa thèse d’exercice en pharmacie sur le thème de l’utilisation traditionnelle des plantes dans une clinique Huilliche sur l’île de Chiloé au sud du Chili. Quant à Vincent, aidé par Manuel Muñoz, anthropologue chilien et Huilliche, il effectuait une série de photos sur le thème des indigènes de Chiloé.

Jusqu’alors, pour nous, il ne s’agissait que de représentations de l’esprit alimentées par les écrits et photos de nos amis. Cette fois ci, nous espérions en savoir plus.

      Après quelques jours sur l’île de Chiloé, nos amis nous ont proposé d’aller à la clinique pour rendre visite à leurs anciens collègues devenus amis.

Il s’agit d’une construction en bois perchée sur une colline, difficilement remarquable par le pékin puisque seul le drapeau Huilliche indique le lieu. Ici, nous avons fait la connaissance du Lonko mayor, c’est-à-dire le « chef » Huilliche de Chiloé. Désigné par la communauté, il s‘agit plus d‘un représentant des indigènes que d‘une autorité de fait. Armando, homme réservé de 40 ans à peine, a de lourdes responsabilités sur les épaules notamment celles de transmettre et respecter les us et coutumes de ses ancêtres alors qu’il n’existe pas d’écrits ou encore de conserver la langue originelle qui n’est plus pratiquée.

Après avoir partagé la soupe d’algues (cazuela de cuchayuyo) avec une partie de la communauté, nos amis demandent à Armando s’il est possible de l’accompagner sur l’île de Cailin où il vit avec sa famille afin d’y camper quelques jours. Il accepte sans problème de nous faire profiter de son bateau.

        Une demi heure de navigation plus tard, nous étions sur la petite île de Cailin. La maison d’Armando se trouve sur les hauteurs de l’île et le chemin boueux qui y mène est sévèrement pentu. Nos sacs sont lourds mais le simple fait d’imaginer que les habitants font l’aller-retour plusieurs fois par jour allège notre peine.

Après avoir traversé plusieurs champs nous rencontrons un panneau de bois gravé des huit lettres : Mapu Ñuke (la Terre Mère). C’est ici.  

Nuvia la femme d’Armando nous accueille avec surprise surtout lorsqu’elle aperçoit le fils de Marie et Vincent, Charlie, blondinet âgé d’un an et demi à peine. Tout de suite, elle nous propose de laisser les tentes dans leurs housses et de nous installer à l’étage.

Rapidement, on s’aperçoit que l’espace de vie principal est la cuisine. Le poêle à bois entouré de banquettes est au centre de la pièce afin de réchauffer autant les Hommes que les casseroles. Pendant qu’Armando prépare le Maté (infusion d’herbe) pour la troupe, Nuvia s’agite aux fourneaux. On propose plusieurs fois notre aide mais elle insiste pour qu’on se « descanzar » (se reposer). Il y a aussi le fils unique de la famille, Armandito. Il a cette nonchalance qu’ont les adolescents mais exécute sans ciller tout ce que lui demande sa mère. Il rejoint la cuisine le soir, profitant des trois heures d’électricité quotidiennes produites par le groupe électrogène pour surfer sur le net grâce à une clef 3G.

       Ici, les journées sont rythmées par le jour. Très tôt le matin Armando quitte la maison pour se rendre au centre médical de l’île où en tant qu’infirmier, il assume seul les soins d’urgences des insulaires. Souvent ses responsabilités au sein de la communauté l’obligent à se rendre à Chiloé et rentrer tard le soir. Nuvia pour sa part quitte peu souvent Cailin, elle s’occupe des animaux de la ferme et de l’intendance de sa petite famille. Toute la journée les habitants de l’île s’arrêtent dans sa petite épicerie, l’occasion d’échanger autour d’un « cafecito » (petit café).

Nous avons eu la chance d’assister voire de participer à leurs activités. Un matin, nous avons fait razzia de mariscos (fruits de mer) lors d’une pêche matinale accompagnée par Nuvia. Puis, Armandito contraint par sa mère nous a guidé au pas de course autour de l’île pour nous faire découvrir les plus beaux points de vue sur la mer intérieure.

          Les dîners étaient l’occasion de questionner la famille sur le fonctionnement de l’île et de leur communauté. Difficile de se faire comprendre et de tout entendre, notre espagnol est correct pour le tourisme un peu moins pour débattre sur des sujets sérieux.

Lors de ces repas ce sont les regards et les attitudes qui comptent. Les leurs sont tendres et forts à la fois, parfois soucieux. Comment ne pas l’être lorsque l’unique propriétaire de la majorité des terres qui ont nourri vos aïeux n’est autre que Piñera, président fraîchement élu par une majorité de Chiliens crédules qui ne soupçonne même pas votre existence. Les Huilliches sont sur ces terres depuis des siècles mais pour eux la Terre Mère n’appartient à personne, au fond qui peut prétendre le contraire. Comment assumer pleinement son rôle de Lonko mayor et vivre en harmonie avec les éléments alors que la majorité des Huilliches de l’île travaille dans les salmoneras (pisciculture de saumons) chilotes qui, en plus d’écorcher la beauté des rivages, déséquilibrent la faune et la flore aquatique.

       Finalement, être Lonko mayor c’est sans doute guider les siens et sensibiliser les autres, faire en sorte que tous respectent la Terre autant qu’elle le mérite...

 

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Published by Clémentine et Thomas - dans Chili
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commentaires

Captain PMH 02/02/2010 22:35


Viens de voir un reportage sur Chiloé : les pêcheurs semblent avoir de gros problèmes avec le thon?
Surpêche.
Vigilance.
PMH.


Captain PMH 02/02/2010 20:34


Evidement, on peut dire pékin. Mais dans l'argot français, à l'époque des grognards de notre ami le petit caporal (Napo et non nabot), on écrit péquin. Le pékin, c'est plutôt du côté de nos amis
chinois.

Nom que les militaires sous Napoléon Ier donnaient par dérision aux bourgeois et qui s'est conservé depuis. On raconte que, le maréchal Augereau prononçant le mot de péquin devant M. de Talleyrand,
celui-ci demanda ce que signifiait péquin, et le maréchal lui répondit : Nous autres militaires, nous appelons péquin tout ce qui n'est pas militaire. - Et nous, reprit M. de Talleyrand, nous
appelons militaire tout ce qui n'est pas civil.


Clémentine et Thomas 06/02/2010 14:59


Superbe copier/coller, ou plutôt copier/tronquer puisqu'il manquait cet exemple pourtant fort pertinent : "Je ne peux pas m'habituer à voir un bourgeois, un pékin, disons le mot, affublé de moustaches comme un grognard de la vieille garde. [Ch. de Bernard, la Peau du lion,
§ III]".
Et bien sûr, la bibliographie indispensable à toute information de qualité :
http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/p%C3%A9quin/55426 consulté le 4/02/10.


Martin H 02/02/2010 12:42


Tiens, c'est marrant, le récit change d'une interface à l'autre.
Où est passée l'énumération de nourriture ? :-D


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